« L’indulto ? C’est déjà du passé »

C’est plus facile de venir s’entraîner après avoir vécu un tel moment ?
Non, pas spécialement parce que cet indulto est déjà derrière moi, c’est du passé. Il est dans un coin de ma tête mais je n’en fais pas une obsession. J’ai savouré le soir même avec ma cuadrilla et le lendemain, j’étais sur mon petit nuage. Mais deux jours après, j’étais passé à autre chose. Maintenant je m’entraîne pour les prochaines échéances.

À quel moment avez-vous senti que Lastimoso était un grand toro ?
Déjà à la cape, il montrait de bonnes manières. Aux banderilles, j’ai senti encore davantage son potentiel. C’est quand j’ai commencé la faena  avec des passes dans le dos que j’ai vraiment compris que c’était un grand toro et que je pourrai lui faire des choses qui sortaient du coeur.

Quand avez-vous compris qu’il pourrait être gracié ?
Pendant la faena, j’ai toréé pour moi, pour me régaler, de manière innocente, sans vice, sans me dire : « il faut que je fasse ça ou ça pour qu’il soit gracié ». C’est quand je suis allé chercher l’épée et que je me suis rendu compte que cela pouvait arriver. Et quand j’ai repris l’ayuda (l’épée factice, Ndlr), le toro a chargé avec encore plus de classe et de moteur…

Photographe: el tico

Est-ce que vous saviez que ce toro avait failli être écarté de la corrida ?
Oui, on m’avait expliqué que c’était le toro le plus fort du lot et qu’à cause de ça, il avait failli être écarté mais que le ganadero avait fait le forcing pour qu’il soit retenu car il avait d’excellentes notes. Du coup, je croyais en ce toro. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a décidé de le toréer en deuxième (en général, les toreros choisissent de combattre le toro qu’il juge meilleur en dernier, Ndlr).

Aux corrales, Lastimoso avait-il retenu votre attention ?
Oui parce que c’est le premier toro que j’ai vu en arrivant et que son expression, celle d’un toro très noble, m’avait marqué. Quand je l’ai revu mardi aux corrales, j’ai revécu la faena. J’ai ressenti aussi de la fierté en me disant que s’il était là, en vie, c’était un peu grâce à moi. Si je ne l’avais pas toréé comme il faut, il ne serait pas rentré au campo pour devenir un étalon. Si j’avais pu le retoréer, je l’aurai fait jusqu’au lendemain ! (rires)

Photographe : el tico

À votre premier toro tout avait été plus compliqué…
Il ne faut pas oublier que ce n’était que ma deuxième corrida et que je n’avais peut-être pas les recours techniques suffisant pour ce toro. Une petite erreur de ma part a fait qu’il m’a attrapé violemment. Je suis ressorti de l’infirmerie diminué mais je savais qu’une fois devant mon second toro, tout allait bien se passer. De toute façon, je n’avais pas le choix !

Après votre alternative triomphale à Nîmes, vous auriez pu prétendre à des postes dans des ferias comme Valence ou Madrid. Mais vous n’êtes apparu dans aucun cartel, alors que c’est votre apoderado Simon Casas qui gère ces arènes. Cela vous a-t-il affecté ?
Bien sûr. J’avais espoir de toréer dans ces arènes. C’est clair que ça m’a fait mal. Mais je me suis dit que c’était un mal pour un bien et que le problème serait réglé au soir de la corrida d’Arles. J’ai toujours eu confiance en moi. Être juste un torero local, ça ne m’intéresse pas du tout. Je veux être une star de la tauromachie. Je sais que c’est très dur, que les cartels sont très fermés, mais je me ferai ma place.

Photographe: el tico

Comment abordez-vous le rendez-vous de Nîmes, où vous serez au paseo avec El Juli et Castella ?
Ce sont deux personnes qui faisaient partie de mes idoles quand j’étais petit. J’avais des posters d’eux dans ma chambre. Faire le paseo à leurs côtés, c’est une satisfaction énorme mais ce n’est pas un aboutissement. Quand je me suis inscrit à l’école taurine, mon objectif était de toréer 60 corridas par an avec des stars, pas une ou deux. J’ai toujours voulu boxer avec les grands, être meilleur qu’eux. J’espère que ce n’est que le début.

Pour l’heure, tout vous a réussi. Est-ce que mentalement, vous êtes préparé à l’échec ?
L’échec, c’est ce qui me fait le plus peur. Depuis que j’ai 13 ans, j’ai mis tous mes rêves et toute mon énergie dans la tauromachie. Si j’échoue, ce sera très dur à surmonter. Déjà, quand une novillada ne se passait pas bien, je le vivais très mal. Pendant deux jours, j’étais quasiment en dépression. Finalement, j’ai toujours réussi à repartir de l’avant. Mais l’échec me terrifie.

Combien de temps vous vous donnez pour devenir figura ?
L’idéal ce serait en fin d’année ! (rires). Mais en étant réaliste, je pense que cette saison sera une temporada de rodage. Si je torée 7 ou 8 corridas, c’est bien, mais il faudra que je frappe un grand coup à chaque fois

 

Texte: Romain Fauvet

Aticle du site: La provence