PURE AMBITION – Article de Arles info 01/03/2018

À 20 ans, Andy Younes, 64e matador français, fera sa présentation à Arles pour la Feria de
Pâques. Un moment crucial dans la carrière d’un torero, auquel le jeune homme a rêvé
depuis des années.

Le dimanche 1er avril à 16h30, Andy Younes entrera dans
l’arène pour disputer sa première corrida à Arles. Ce
seront aussi les premiers pas d’une année décisive.
« Andy mérite cette présentation dans sa ville, il a toutes
les qualités pour être un bon torero. Mais après l’alternative,
c’est un nouveau départ, explique le matador Juan Bautista.
Il faut gagner sa place, contrat après contrat, tout en sachant être
patient et attendre les belles opportunités. »
Adoubé par le maestro arlésien qui a été son parrain d’alternative
en septembre dernier, à Nîmes, le 64e torero n’est pas moins
conscient des nombreux enjeux qui se joueront cet après-midilà
: toréer dans « sa » ville, devant sa famille, dans les arènes où il
a découvert, en même temps, la corrida et sa vocation. Plus que
jamais, ne pas décevoir ces spectateurs, et plus important encore,
ne pas se décevoir. Mais cette place, c’est la sienne : « dans les
arènes, je suis là où j’ai toujours voulu être. » « Il a plus d’envie que
les autres», confirme Curro Caro, l’ancien matador arlésien, qui
conseille le jeune torero. « Il a la base, l’habileté, l’intelligence, le
sens artistique. Il a fait de grandes choses dans des arènes importantes.
Il faut désormais qu’il tombe sur le bon toro, dans de bonnes
arènes, pour se faire remarquer par le grand public. »
Depuis la région de Séville, en Espagne, où il s’entraîne huit
heures par jour avec un coach sportif, le jeune homme raconte
comment à l’âge de 5 ans, il est allé aux arènes d’Arles, avec ses
parents. Le minot a été fasciné par l’homme devant le toro :
« j’étais impressionné par son courage et aussi parce que tout le
monde l’applaudissait. » Si ses parents ne sont pas vraiment aficionados,
Andy, lui, s’entête. À 13 ans, il entre à l’École taurine d’Arles.
Travaille avec Éric Canada, son fondateur, et avec le banderillero
Rafaël Viotti. « J’étais timide et réservé, j’ai dû forcer ma nature mais
cela a renforcé mon envie d’y aller. Je me suis découvert. C’est devant
un toro que je me sens le mieux. »
C’est à cette époque que Jean-Baptiste Jalabert le repère. « Dès
le départ, il montrait des qualités naturelles, une passion, une aficion.
Alors, je l’ai amené à des tientas, lui ai ouvert des portes en
Espagne. Il a un courage qui lui permet d’improviser, de surprendre,
de s’approcher des toros. »
Le travail quotidien, la répétition des gestes, encore et encore,
ne découragent pas ce gamin, dont le visage qui garde encore
une part d’enfance, cache une volonté aiguisée. À 17 ans, son
quotidien n’était plus celui d’un adolescent : il a quitté le lycée,
malgré la réticence de ses parents, il doit gérer l’attention qu’il
commence à susciter sans en être grisé, surmonter les échecs,
ne pas se réjouir trop vite des succès. Et bien sûr, apprivoiser la
peur, cette ombre qui suit les toreros pas à pas. « J’ai été blessé
plusieurs fois, je sais ce que c’est. Heureusement que la peur est là.
Elle est nécessaire et même motivante. » Pour autant, aujourd’hui,
avec sa jeune expérience, il ne voudrait qu’aucun de ses petitsfrères
ou sa sœur ne fasse le même choix que lui. « Je n’ai pas
envie qu’ils vivent le danger et les complications du métier. »
En mars 2016, à Valence, le novillero coupe une oreille à chaque
novillos et sort « a hombros ». Il se fait remarquer par Simon Casas,
figure centrale de la tauromachie, apoderado et directeur de
plusieurs arènes en France et en Espagne, dont celles de Madrid.
Il gère désormais la carrière du jeune torero. « C’est une chance
qu’il ne faut pas gâcher » commente Andy, qui ne dit rien de la
pression supplémentaire que cela peut sans doute représenter.
« J’ai fait trop de sacrifices, j’en ai imposé à ma famille, pour trembler
maintenant. Je ne veux pas être seulement torero, je veux rester
pendant vingt ans au sommet ! » Ambitieux, sans doute, le jeune
homme attend son rendez-vous arlésien avec lucidité et gravité :
« dans les arènes, personne ne peut tricher. C’est un concentré de
vertus : le courage, la beauté et la vérité. »

TEXTE: MARIE-PIERRE GARRABOS

PHOTO : HERVÉ HÔTE/AGENCE CAMÉLÉON