Andy Younes, toujours débordant d’envie

Andy Younes, toujours débordant d’envie et le sourire facile, il perdit une nouvelle fois à la mort du sixième une sortie en triomphe qui lui tendait les bras…

 

La chronique d’Alexandre Guglielmet :

La Feria de la Pêche et de l’Abricot 2018 fermait ses portes par une corrida très alléchante sur le papier. Face aux pensionnaires de Luis Algarra Polera, Emilio De Justo, Thomas Joubert et Andy Younes.

Le premier pour Emilio de Justo fut annoncé « astillé » au micro, confirmation faite en piste sur le piton droit, sans pour autant dégrader la pointe. Ce cinqueño, au pas hésitant à sa sortie, fut salué par un magnifique capoteo templé, rematé par une demi de catégorie. L’espagnol, fin lidiador, s’appliqua à mettre en suerte l’animal par chicuelinas marchées. L’Algarra reçut une ration de fer en brave, poussant convenablement sur un unique contact. Le torero de Caceres put faire admirer sa classe capotera lors d’un quite mélangé de chicuelinas et tafalleras du plus bel effet. Malgré un manque de force palpable, le bicho montra une belle noblesse. Emilio ne laissa pas passer l’occasion de briller et sortit en premier lieu quatre tandas droitières de haute facture, à base de temple et de profondeur, impactant sur le public. Sur une rive gauche moins collaboratrice, le résultat fut plus irrégulier, le torero d’extremadure subissant quelques enganchones mais sortant surtout de son voile deux magnifiques naturelles aussi longues et paisibles que le Guadalquivir, assorties d’un pecho tout en rondeur. Retour sur la main droite pour des échanges toujours aussi convaincants et élégants avant un final par manoletinas allurées. A la suerte suprême, le protégé de Luisito s’engagea le couteau entre les dents et logea un estoconazo faisant vaciller rapidement ce noble exemplaire. Deux oreilles.

Le second pour Thomas Joubert mit les reins sur une unique rencontre, sans parvenir toutefois à pousser le groupe équestre. En sortant du cheval, l’astado subit une spectaculaire vuelta de campana avant que l’arlésien ne réalise un joli quite par chicuelinas, main basse. Entame de faena très inspiré par statuaires, passes dans le dos et changement de main. Thomas ne mit pas longtemps à trouver le bon sitio face à cet exemplaire supérieur sur la rive droite. Le français servit deux séries de derechazos templées et ajustées faisant logiquement jouer la musique. Le premier passage sur la gauche est en dent de scie, l’animal ne répondant pas aux sollicitations avec qualité. Après une série variée sur la diestra, l’Algarra baissa clairement de ton et de transmission. Thomas alla chercher les ultimes passages dans des terrains plus rapprochés, imprimant de bons muletazos, toujours croisé et exposé. En guise de conclusion, le français servit une série gauchère de face, par passes du cartucho, d’une extrême douceur. Une mort longue en trois temps lui fit perdre un trophée qui lui tendait clairement les bras. Ovation avec Salut.

Andy Younes accueillit son premier opposant par un capoteo alluré et bien cadencé. Face à la cavalerie, l’Algarra sortit de suite du peto après avoir senti la puya. Le second essai fut le bon, le bicho mettant les reins sans pousser sur une unique rencontre. Salut de Marco Leal et Manolo de Los Reyes après un tercio de banderilles brillant. Début magistral d’Andy par une magnifique série à genoux, saupoudré d’un changement de main des plus classieux. A la muleta, l’Algarra, ne débordant pas de force, se montra noble avant de baisser rapidement de calibre. Après une série de réglage, l’arlésien trouva le bon sitio et put éditer une faena plaisante, supérieure sur la rive droite. Alors que son adversaire allait à menos, Andy, très engagé, joua la carte du tremendisme pour maintenir de l’intensité à son combat, ce qu’il fit avec succès. Manoletinas finales avant de tuer d’ un trois quart de lame concluant. Oreille.

Réception soignée du quatrième par veroniques, Emilio conduisant ensuite son adversaire au lancier pour une pique rectifiée, suffisante. Les doblones d’ouverture furent parfaitement ajustés. L’Algarra se montra de suite exigeant, demandant les papiers. Après une série droitière correcte mais ne pesant pas sur l’animal, Emilio prit la pendante et fit preuve d’aguante et de technique pour sortir de sa muleta trois séries de naturelles profondes, transpirant la toreria mais surtout poderosas permettant ainsi de prendre le dessus sur ce toro. Retour sur la main droite, où le diestro déboucha le flacon pour dessiner deux importantes séries au cachet artistique élevé, faisant vibrer les étagères et passer son labeur au stade de « faenon ». Emilio finit d’asseoir sa domination lors d’un final dans un périmètre plus rapproché, servant encore quelques muletazos et détails aux arômes sévillans. Il conclut cette prestation de très haute volée par un estoconazo fulgurant, libérant logiquement deux mouchoirs du palco. Vuelta posthume généreuse au toro avec salut du mayoral.

Le cinquième posa son lot de complications lors de la réception capotera, réfléchissant beaucoup et ne se montrant guère clair dans ses intentions. Sous le fer, l’Algarra poussa la monture avec force et bravoure jusqu’aux planches sur la rencontre initiale avant une seconde prise de nouveau en brave. Salut de Marco Antonio Romero aux banderilles. Au dernier tercio, le bicho se révéla exigeant avec une fâcheuse tendance à jouer des pitons, agrémentant l’ensemble de charges pas toujours franches. Volontaire, Thomas réalisa une faena méritoire mais qui ne parvint jamais à prendre son envol. Mort en cinq temps. Applaudissements.

Andy réceptionna le dernier de la tarde, plein d’alegria, par un capoteo vibrant. Au tercio de varas, l’Algarra poussa partiellement sur un seul piton sur la première rencontre. Demandant le changement de tiers, refusé par la présidence, Andy lui fit administrer un très léger picotazo. Après un début par cambiadas, l’on se rendit vite compte que le bicho allait être un très bon collaborateur malgré une justesse de force qui confirmait que la deuxième puya était de trop. Venant de loin et buvant le leurre, l’Algarra permit au français de s’exprimer pleinement. Bien posé sur les reins, Andy alterna les séries sur chaque côté avec temple, rondeur et personnalité, connectant ainsi avec un public conquis. Final par luquecinas au résultat inégal avant de tuer par un trois quart de lame d’effet très lent après deux pinchazos. S’en suivi une dizaine de coups de puntilla qui n’arrangèrent guère les choses, faisant descendre des tendidos une légère bronca. Cette mort défaillante coûta la sortie en triomphe à Andy, convertissant son combat en silence. Vuelta posthume au toro.

Arènes Émile Bilhau de Saint Gilles (30).
Dimanche 19 août à 17h30.
6 toros de Luis Algarra Polera
Poids : 460 , 485 , 480 , 500 , 480 , 520.
4/5 ème de plaza.

Emilio De Justo : Deux Oreilles / Deux Oreilles.
Thomas Joubert : Ovation avec Salut / Applaudissements après avis.
Andy Younes : Oreille / Silence après avis.

Source: Corrida France